Synthèse Chapitre 7
ATTENTES ET BESOINS DES MÉNAGES - MUTATION DES ATTENTES GLOBALES
Les réponses à apporter aux besoins des ménages sont à situer dans l'interaction entre « désir d'habiter » et « contrainte de se loger ».
Les bonnes réponses aux besoins en logement des ménages sont des réponses qui proposent « d'habiter » plutôt que d'être « logé ».
Le mouvement vers l'accession à la propriété s'exerce dans des conditions nouvelles, à la fois porté par des motivations économiques, patrimoniales et par des aspirations profondes.
L'aspiration à habiter en ville n'est partagée que par un gros tiers des personnes interrogées, les autres préférant les périphéries immédiates (21%) ou plus lointaines (jusqu'à une demi heure pour 9%) tandis qu'un tiers privilégie la campagne.
C'est à la fois un type d'habitat, un lieu et par conséquent un mode de vie que les ménages entendent choisir, choix qui n'est jamais définitif.
Pour les opérateurs du 1 % logement, les réponses des personnes interrogées qui mixent des données qualitatives portant sur le logement lui-même avec des attentes vis à vis de l'environnement immédiat, confirment qu'il n'est pas de bonne réponse au besoin en logement des ménages qui ne soit d'abord une réponse en termes d'habitat.
L'habitat individuel véhicule des valeurs positives : Dans les représentations, calme et intimité sont communément associés à la maison individuelle en site isolé, tandis que la convivialité est plutôt associée à l'habitat individuel groupé en lotissement ou en ville.
L'habitat collectif véhicule des valeurs négatives : Insécurité, densité et anonymat sont les trois termes négatifs qui sont accolés aux représentations des différentes formes de l'habitat collectif.
la densité est perçue négativement, ce qui pose de nombreuses questions à l'heure des réflexions d'urbanisme sur la « ville des densités raisonnables ».
Pour les opérateurs du 1% logement, les réponses aux besoins en logement des ménages sont à concevoir autour de ces aspirations paradoxales. Les solutions en sites urbains denses ne sont pas condamnées a priori, il s'agit plutôt de proposer des offres contemporaines attractives fondées sur les points de valorisation. De la situation des programmes jusqu'aux détails de conception, de nouvelles solutions doivent le permettre.
Les mutations démographiques et des modes de vie, les pratiques de consommation induisent de nouveaux rapports à l'habitat et au logement : Le rapport à l'habitat change, influencé par de nouvelles logiques : familles recomposées, mutation du travail, nouvelle gestion du temps, arrivée du multimédia. L'habitat doit être adapté à l'évolution des modes de vie et être de plus en plus modulable.
Notamment, le logement ne va plus s'organiser par pièces mais autour d'univers : Suite parentale, espace enfant, espace professionnel, espace de convivialité et de détente...
L'écologie, la réduction du temps de travail, les nouvelles structures familiales, le besoin de sécurité, les nouvelles formes de travail, l'arrivée des nouvelles technologies...Toutes ces tendances influencent fortement la conception de l'habitat. Les opérateurs du 1% logement doivent anticiper les changements et mutations des modes de vie pour repenser et restructurer l'habitat. Ils doivent prendre en compte l'évolution de la famille, des loisirs et du travail...
...Et cela toujours avec l'articulation à opérer entre le « désir d'habiter » qui s'exprime sous la forme d'aspirations, et le « besoin de se loger » qui est déterminé par des critères économiques et/ou de situation sociale.
Les bonnes réponses à apporter aux besoins en logement doivent également considérer les facilités de l'accès en intégrant les capacités budgétaires des ménages et leurs besoins fondamentaux.
Globalement, les dépenses contraintes logement + charges afférentes + équipement du logement, augmentées des dépenses de transport atteignent désormais en moyenne plus de 45% dans le budget des ménages.
L'étude personnalisée en amont des processus d'accès au logement (locatif ou accession à la propriété) s'avère capitale à développer afin de prendre en compte les besoins dans leurs globalité, et d'effectuer les arbitrages avec les ménages concernés entre ce qui relève des attentes « accessibles » et des besoins fondamentaux. La contrainte budgétaire est dorénavant forte sur les publics de salariés modestes et moyens, sans même parler des situations de personnes en rupture sociale ou professionnelle.
L'approche personnalisée sous l'angle du « reste à vivre » doit permettre de dégager finement les solutions qui peuvent être proposées.
L'habitat se révèle être inséparable de l'habitant et de sa singularité.
Permettre de faire se rencontrer aspirations, et besoins si possible. Sortir des gadgets et des expériences, anticiper pour se poster vers des productions de logements qui appréhendent de manière pragmatique le double défi du besoin et de l'aspiration tout en protégeant le reste à vivre sur la ligne conductrice des investissements 1 % pour les cinq ans à venir.
ETUDE 1% LOGEMENT
Pour l'étude prospective sur les besoins en logement et habitat des ménages en Aquitaine, 30 entretiens approfondis ont été conduits auprès d'un échantillon de ménages recrutés selon les différentes filières du 1 % logement.
Les entretiens ont été menés et analysés par des professionnels de l'habitat et de l'action sociale (Conseillères en Economie Sociale et Familiale, sociologue, urbaniste).
Les personnes enquêtées « ont pris leurs affaires en mains » : lorsqu'elles recourent aux services et moyens du 1 % logement, c'est en y recherchant une « valeur ajoutée ».
Pour les opérateurs du 1 % logement, il importe de considérer cette individualisation des démarches effectuées par les ménages. Le C.I.L. est a priori méconnu ou seulement perçu comme un organisme parmi d'autres. C'est à partir d'une écoute personnalisée des attentes, du cadrage des besoins qui en résulte que l'offre du 1 % logement acquiert tout son sens : valeur ajoutée, service rendu, indépendance par rapport aux banques, possibilité d'accompagnement sur la durée...
PARCOURS RESIDENTIELS :
Pour les ménages enquêtes, même en accession à la propriété avec des engagements bancaires longs, le logement occupé ne constitue pas un terme du parcours résidentiel. C'est explicitement le cas de 7 ménages enquêtes sur 10.
Pour les opérateurs du 1% logement, il y a lieu de bien s'arrêter avec les ménages sur les parcours résidentiels et leur(s) déterminant(s), ce qui donne un bon éclairage des options à proposer, pour apporter des réponses qui combineront les « aspirations à se réaliser » avec le « besoin de se loger ».
FRAGILITES :
Les personnes seules, les personnes divorcées, les familles monoparentales, les personnes coupées de leurs bases familiales et les personnes âgées sont assurément celles qui présentent les fragilités les plus marquées. Fragilités qui sont d'abord psychologiques et familiales avant d'être financières.
La « mise sous tension » budgétaire : Pour un même profil et un même budget, elle est plus forte pour les ménages des aires urbaines aux marchés immobiliers tendus, qui doivent consentir soit à payer plus pour se loger in situ, soit sont contraints à une « relocalisation » génératrice de coûts importants en terme de déplacements.
Un point de clivage, même à revenus identiques est constitué par les statuts dans l'emploi. Il y a lieu de prendre en compte les évolutions des statuts dans l'emploi, avec davantage de publics liés aux emplois dans le secteur des services, davantage de contrats précaires ou à durée déterminée (au moins pour un membre du couple), davantage de mobilités choisies ou subies.
Pour développer et améliorer l'offre de logements, les opérateurs du 7 % logement doivent, tout en cernant bien les capacités budgétaires des ménages et les équilibres d'opération, chercher les progrès qui peuvent être accomplis. Valoriser les critères « qualités » mis en évidence par les ménages et remédier aux « inconvénients » déplorés. La sélectivité des emplois du 1% logement peut s'opérer à partir d'une grille de lecture du logement en tant « qu'espace vécu » par les ménages.
Toute approche sérieuse par le déterminant du « reste à vivre » et qui entend rendre service aux ménages se doit d'intégrer le coût de l'énergie, et celui des déplacements.
Le « reste à vivre » moyen s'établit pour le public enquêté (ménages avec au moins un salarié) à 20 € / jour / personne, avec des points bas entre 8 et 9 € / personne et par jour. (Il est à noter que des professionnels de l'hébergement des jeunes situent à 13 € le « viatique de survie »).
Chez les ménages enquêtes, les « reste à vivre » les plus faibles sont chez des accédants à la propriété qui doivent assumer toutes les charges, en particulier celles liées aux déplacements (éloignement de l'emploi et des services qui détermine la possession de deux voitures avec des charges de crédits).
Pour les opérateurs du 1% logement, il apparaît fondamental de fonder le conseil et les décisions d'emploi des moyens financiers sur une analyse à l'instant « T » mais aussi prospective du « reste à vivre » en y intégrant impérativement les coûts des déplacements et de l'énergie.
Les profils de ménages enquêtes peuvent être classés sur une échelle dont la base serait constituée du « besoin de se loger » et le haut par le « désir d'habiter », le statut d'occupation ne constituant pas un déterminant décisif.
Bas de l'échelle : « Les captifs des besoins »
Milieu de l'échelle : « Les fragiles »
Haut de l'échelle : « Les ascendants »
Pour les opérateurs du 1% logement, les entretiens avec les ménages invitent à considérer l'intérêt de démarches en « suivi longitudinal » tout au long du parcours résidentiel. Un « coaching » des ménages serait bien adapté, pas seulement lors des étapes (déterminantes) d'accès à de nouveaux logements, mais également à chaque fois gue cela peut s'avérer utile pour aider à construire les projets des ménages et pour anticiper les difficultés en établissant le lien entre emploi et logement.
Les publics concernés, aux revenus modestes et moyens sont en effet susceptibles d'être affectés par des trajectoires brisées du fait de problèmes familiaux, d'emploi ou de santé (notamment ceux liés à l'âge).